Editions Tharpa - Livres sur le bouddhisme et la m&ecute;ditation

Tharpa Canada

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Océan de nectar

La vraie nature de toutes choses

Format: Couverture souple
Détail: 322 pages - livre relié à spirale - format A4
Prix: Can $27.95  
 
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Couverture souple

Chapitre1 - Introduction

L’ORIGINE DE CES INSTRUCTIONS

Bouddha a présenté ses enseignements en trois étapes principales, appelées les « trois rotations de la roue du dharma ». Il a enseigné la première roue dans le Parc du Cerf à Bénarès, la deuxième sur la Montagne des Vautours Amassés à Radjagriha et la troisième à Vaisali. Au cours de la deuxième rotation, Bouddha a enseigné les Soutras de la perfection de la sagesse dans lesquels il a révélé les étapes de la voie de l’illumination. Celles-ci sont toutes comprises dans les étapes de la profonde voie et les étapes de la vaste voie. Les étapes de la profonde voie comprennent toutes les pratiques de la sagesse qui conduisent à une réalisation directe de la vacuité et de façon ultime au corps de vérité d’un bouddha. Les étapes de la vaste voie comprennent toutes les pratiques de la méthode, depuis le développement initial de la compassion jusqu'à l’accomplissement ultime du corps de forme d’un bouddha.

Les Soutras de la perfection de la sagesse sont difficiles à comprendre, et Bouddha a lui-même prédit qu’après sa mort, de grands érudits apparaîtraient pour expliquer leur signification. Comme Bouddha l’avait prédit, quatre cents ans après sa mort, le Protecteur Nagardjouna est apparu dans ce monde. Guidé par Mandjoushri, il a composé un certain nombre d’ouvrages dans lesquels il a expliqué avec clarté toutes les étapes de la profonde voie que Bouddha avait enseignées dans les Soutras de la perfection de la sagesse. Ces ouvrages comprennent La sagesse fondamentale du chemin du milieu (auquel on se réfère souvent simplement comme étant La sagesse fondamentale) et ses quatre membres : Les soixante raisonnements, Les soixante-dix vacuités, Tissé avec finesse et Réfutation des objections. Approximativement six cents ans plus tard, le supérieur Asanga, guidé par Maitreya, a fourni une explication claire de toutes les étapes de la vaste voie.

Les étapes de la profonde voie sont plus difficiles à comprendre que celles de la vaste voie, c’est pourquoi les ouvrages de Nagardjouna sont si importants. Ils sont comme un trésor qui contient la précieuse sagesse de la vacuité, mais pour avoir accès à ce trésor il est nécessaire d’avoir une grande sagesse. Malheureusement, la sagesse des êtres de ce monde a décliné, et ainsi c’est comme si ce précieux trésor était enfermé. Pour l’ouvrir, le principal disciple de Nagardjouna, Tchandrakirti, a composé un commentaire intitulé Le guide du chemin du milieu. C’est un livre exceptionnel qui explique parfaitement les étapes des voies profonde et vaste, telles qu’elles ont été enseignées par Nagardjouna. Toutefois, étant donné que la sagesse des êtres de ce monde a continué à décliner, aujourd’hui il est même difficile de comprendre ce texte. C’est la raison pour laquelle j’ai préparé ce livre, Océan de nectar. J’espère qu’à l’aide de ce commentaire de nombreuses personnes pourront étudier et pratiquer Le guide du chemin du milieu.

En écrivant ce livre, je m’en suis remis aux œuvres de Djé Tsongkhapa, en particulier à son commentaire du Guide du chemin du milieu, intitulé Élucidation claire de l’intention, une explication détaillée du grand traité, Le guide du chemin du milieu.

LES QUALITÉS PRÉÉMINENTES DE L’AUTEUR

Avant de regarder le Guide lui-même, il est bénéfique de considérer la biographie de l’auteur. Tchandrakirti est né de parents brahmanes dans la région de Salona dans le sud de l’Inde, environ mille ans après la mort de Bouddha. Ses parents comprirent très vite que ce n’était pas un enfant comme les autres et ont consulté un oracle pour connaître son avenir. L’oracle leur prédit qu’il deviendrait un grand érudit bouddhiste et un grand yogi. Inspirés par cette prophétie, les parents de Tchandrakirti envoyèrent leur fils à l’université monastique de Nalanda, où l’abbé Tchandranatha l’ordonna moine, lui donnant le nom de Tchandrakirti. Pendant qu’il était à Nalanda, Tchandrakirti étudia sous la direction de Nagardjouna qui lui donna de nombreux enseignements sur les soutras et les tantras. Il fut le dernier et principal disciple de Nagardjouna qui a dit de lui :

J’ai donné mes enseignements ultimes sur la non-production à mon dernier disciple, Tchandrakirti.

Tchandrakirti devint compétent dans tous les domaines des enseignements et eut bientôt une grande réputation d’érudit et d’enseignant. C’était un disciple consciencieux, s’entraînant jour et nuit selon les instructions de son enseignant. En résultat, il développa une concentration méditative remarquable et de nombreux pouvoirs extraordinaires. Un jour, son abbé vint à penser que ce serait bénéfique si Tchandrakirti montrait ses pouvoirs méditatifs et la liberté de son esprit aux autres moines. Pour ce faire, il nomma Tchandrakirti magasinier du monastère, poste qui comprenait la grande responsabilité de veiller sur les vaches et les buffles que gardait le monastère pour s’approvisionner en produits laitiers. Mais Tchandrakirti refusa de prendre le lait des animaux parce qu’il pensait que celui-ci devait être gardé pour leurs petits, aussi les laissait-il paître librement dans les collines avoisinantes. Il parvenait néanmoins à fournir aux moines une abondante provision de produits laitiers !

Un jour, Tchandrakirti et son assistant Souryakirti furent convoqués devant l’abbé et les moines réunis, et on leur demanda d’expliquer comment ils parvenaient à fournir des provisions aussi abondantes en nourriture alors que les animaux étaient libres d’aller sans surveillance dans les collines. À la grande joie de toute l’assemblée, Souryakirti expliqua que Tchandrakirti avait peint une vache sur un mur et qu’il tirait de cette image tout le lait qui était nécessaire :

Le glorieux Tchandrakirti a parfaitement alimenté et nourri les moines
En tirant du lait d’images de vaches !

Pendant qu’il étudiait à Nalanda, Tchandrakirti débattait souvent avec un autre étudiant appelé Tchandragomine, un pratiquant laïc. Bien qu’ils furent tous deux de grands érudits et des enseignants tenus en haute estime, sur le plan conventionnel ils maintenaient des vues philosophiques différentes. Tchandragomine maintenait la vue tchittamatra et Tchandrakirti la vue madhyamika-prasanghika. Tchandragomine avait parfois du mal à répondre aux questions pénétrantes de Tchandrakirti, et il demandait alors à répondre le lendemain. Puis il se retirait dans sa chambre et parlait directement à Avalokiteshvara qui lui donnait les réponses correctes. Tchandrakirti supposait que Tchandragomine consultait d’autres enseignants tchittamatrines, il ne s’imaginait pas du tout qu’il recevait directement l’aide d’Avalokiteshvara. Alors un jour, Tchandrakirti posa une question particulièrement difficile à laquelle Tchandragomine ne pouvait répondre. Tchandragomine dit : « Je te donnerai la réponse demain. » Tchandrakirti lui demanda : « Comment pourras-tu me répondre demain alors que maintenant tu ne le peux pas ? » Tchandragomine répondit : « Je demanderai à Avalokiteshvara cette nuit et demain je te donnerai la réponse. Si demain je ne peux pas répondre, tu auras gagné le débat. » Cette nuit-là Tchandrakirti se cacha non loin de la chambre de Tchandragomine et regarda par la fenêtre. À son grand étonnement, il vit Tchandragomine parler directement à une manifestation d’Avalokiteshvara ! Tchandragomine lui posait des questions et Avalokiteshvara donnait patiemment les réponses. Tchandrakirti fut rempli d’un profond respect et eut immédiatement le désir de rencontrer directement Avalokiteshvara. Il se rua dans la chambre de Tchandragomine, mais dès son entrée la déité disparut.

Désirant ardemment rencontrer directement Avalokiteshvara comme l’avait fait Tchandragomine, il retourna dans sa chambre et pratiqua de façon répétée le yoga de Bouddha Avalokiteshvara pendant de nombreux jours. Au bout d’un certain temps il se mit à avoir des visions d’Avalokiteshvara dans ses rêves. Cela l’encouragea et il se mit à pratiquer encore plus sérieusement, adressant de tout son cœur des requêtes à Avalokiteshvara afin qu’il apparaisse directement devant lui. Alors un jour, Avalokiteshvara se manifesta devant lui. Tchandrakirti était enchanté. Il dit à Avalokiteshvara : « Maintenant, je peux réellement venir en aide aux autres. S’il te plaît, assieds-toi sur mes épaules afin que je puisse te montrer à tous les gens de la ville. » Avalokiteshvara lui répondit que même si Tchandrakirti pouvait le voir, les autres ne pourraient pas. Tchandrakirti continua cependant à lui adresser des requêtes qui étaient si pressantes qu’à la fin Avalokiteshvara accepta. Tchandrakirti mit Avalokiteshvara sur ses épaules et courut à travers la ville, appelant tout le monde à venir voir son guide spirituel pour se prosterner devant lui. Comme l’avait prédit Avalokiteshvara, personne ne vit quoi que ce soit, sauf une personne qui avait de lourds obscurcissements karmiques et vit Tchandrakirti avec un chien mort sur ses épaules, et une femme vendeuse de vin qui vit le pied droit d’Avalokiteshvara. En résultat de cette légère vision cette femme obtint quand même immédiatement une réalisation de la concentration supérieure et un esprit très paisible.

Un autre événement qui illustre les accomplissements extraordinaires de Tchandrakirti se produisit alors qu’une guerre, appelée la guerre Dhourouka, avait lieu dans la région du monastère de Nalanda. Lorsque les combats se rapprochaient du monastère, les gens des environs et les moines ordinaires furent effrayés et supplièrent les érudits et les yogis d’y mettre fin. Mais la situation était si dangereuse qu’aucun d’entre eux ne se sentit capable de leur venir en aide. Les gens étaient au désespoir, lorsqu’un oiseau sortit brusquement du cœur d’une statue du protecteur du monastère et vola vers la maison de Tchandrakirti. Considérant que cela était un signe, ils demandèrent à Tchandrakirti de les aider. Tchandrakirti accepta leur requête et leur dit de faire un lion en pierre qu’ils devraient placer vingt kilomètres au nord du monastère dans la direction des combats. Il encouragea ceux qui étaient bouddhistes à prier Bouddha et les non-bouddhistes à prier Ishvara. Quand ils verraient la bataille, ils devraient demander en criant au lion qu’il les sauve.

Bientôt des soldats apparurent à l’horizon et les gens commencèrent à crier en direction du lion, mais le lion ne bougea pas. Leur confiance s’ébranla, ils commencèrent à douter des capacités de Tchandrakirti, certains l’accusant même de les tromper. Tchandrakirti les rassura et se dirigea vers le lion en portant un grand bâton en bois de santal. Il frappa trois fois sur la tête du lion et, au grand étonnement de tous, il se mit à bondir ! Le lion courut au milieu de la bataille faisant fuir tous les soldats pris de panique. Aucun soldat ne fut tué ou blessé, la guerre pris fin et la paix régna à nouveau dans la région. Par gratitude, le roi composa par la suite le verset de louange suivant à Tchandrakirti :

Par le pouvoir du glorieux Tchandrakirti
Le puissant lion en pierre a pris vie,
Et a mis fin à la guerre Dhourouka
Sans blesser une seule personne.

Il existe de nombreuses autres histoires illustrant les remarquables pouvoirs que Tchandrakirti a acquis grâce à sa concentration méditative. À présent, il se peut que nous ayons du mal ne serait-ce qu’à imaginer de tels pouvoirs, mais en considérant cette question avec sincérité, nous allons comprendre que les yogis, tels que Tchandrakirti, ont de nombreux pouvoirs spéciaux dont ils font la démonstration quand le moment est venu.

Mandjoushri a dit à Djé Tsongkhapa que Tchandrakirti s’était manifesté à partir du Pays des Bouddhas de l’Est pour aider les êtres de ce monde. Tchandrakirti nous a aidés de nombreuses manières, mais sa plus grande contribution a été d’expliquer les œuvres de Nagardjouna, en particulier ses enseignements sur la profonde vue du chemin du milieu et la voie du mantra secret. Grâce à ces explications, nous sommes capables de réaliser la signification ultime des enseignements de Bouddha.

Tchandrakirti a composé de nombreux livres, la plupart d’entre eux sont des commentaires des soutras et des tantras de Bouddha, et des oeuvres de Nagardjouna. Son œuvre la plus célèbre est Le guide du chemin du milieu. Dans cet ouvrage, ainsi que dans son Auto-commentaire, Tchandrakirti apporte une claire lumière sur toutes les étapes de la profonde voie et de la vaste voie qui ont été révélées dans les Soutras de la perfection de la sagesse. Il a aussi écrit un autre commentaire à La sagesse fondamentale de Nagardjouna, appelée Mots clairs, et un commentaire du Tantra racine de Gouhyasamadja, appelé Lampe claire. Ces deux ouvrages incomparables sont bien connus de tous les érudits et de tous les enseignants bouddhistes. Un vieux proverbe dit :

Dans le ciel, il y a le soleil et la lune, et sur la terre, il y a les deux Clairs.

En plus de ceux-ci, Tchandrakirti a écrit des commentaires à Soixante raisonnements et à Soixante-dix vacuités de Nagardjouna, et un commentaire à Quatre cents d’Aryadéva. Ses autres ouvrages comprennent Soixante-dix versets sur le refuge, Discriminer les cinq agrégats, une sadhana intitulée Réalisation claire de Gouhyasamadja, une sadhana de Vajrasattva et des louanges à Tara.


Le commentaire proprement dit du Guide du chemin du milieu est présenté en quatre parties :
1    La signification du titre
2    L’hommage des traducteurs
3    La signification du texte
4    La signification de la conclusion
LA SIGNIFICATION DU TITRE

Le guide du chemin du milieu a été composé en sanscrit sous le titre Madhyamakavatara. Par la suite il a été traduit en tibétain sous le titre Ou ma la djoug pa. Maintenant, il a été traduit en français sous le titre Le guide du chemin du milieu. Quel est le « chemin du milieu » auquel on se réfère dans le titre ? Le terme « chemin du milieu » désigne généralement tout ce qui est libéré des deux extrêmes de l’existence et de la non-existence, et plus particulièrement la vérité ultime, la vacuité. Dans ce contexte, cependant, il se rapporte spécifiquement au texte de Nagardjouna, La sagesse fondamentale du chemin du milieu, qui a été appelé ainsi parce que son sujet principal est la profonde vacuité. Lorsque Tchandrakirti cite cette œuvre, il la désigne souvent simplement en ces termes Le chemin du milieu, et ainsi lorsqu’il a composé Le guide en commentaire à La sagesse fondamentale, il lui a donné le titre Le guide du chemin du milieu. Aussi, alors que dans le titre du livre de Nagardjouna la phrase « chemin du milieu » se rapporte à la vacuité, dans le titre du livre de Tchandrakirti, elle se rapporte à La sagesse fondamentale elle-même. Le guide du chemin du milieu sert par conséquent de guide à ceux qui désirent mettre en pratique la signification de La sagesse fondamentale du chemin du milieu.

Le terme guide dans le titre a également une grande signification, car l’œuvre sert de guide à la fois aux étapes de la profonde voie et aux étapes de la vaste voie. En ce sens, Le guide du chemin du milieu nous guide vers une compréhension de la signification de la profonde vacuité, telle qu’elle est expliquée dans La sagesse fondamentale. Auparavant, d’autres disciples de Nagardjouna, tels que Bhavavivéka, avaient écrit des commentaires à La sagesse fondamentale du point de vue des thèses madhyamika-svatantrikas. Dans Le guide du chemin du milieu, Tchandrakirti réfute de manière décisive cette interprétation et établit la vue madhyamika-prasanghika non commune comme étant la vue la plus profonde. Il fournit également une réfutation détaillée des thèses de l’école tchittamatra et montre qu’il est également inapproprié d’interpréter La sagesse fondamentale du point de vue de ces thèses. Aussi, si nous nous en remettons au Guide du chemin du milieu, nous allons réaliser la vue non commune de l’école madhyamika-prasanghika, et en résultat notre pratique de la vacuité sera supérieure à celle des pratiquants des autres écoles. Voilà comment Le guide du chemin du milieu sert de guide aux étapes de la profonde voie.

Comment Le guide du chemin du milieu sert-il de guide aux étapes de la vaste voie ? Nagardjouna a expliqué les étapes de la vaste voie dans des ouvrages tels que La précieuse guirlande et Le compendium des soutras. Tchandrakirti a pris ces explications et les a ajoutées au Guide. Dans Le guide par conséquent, nous trouvons non seulement une présentation sans faute de la vue la plus profonde de la vacuité, mais également une explication claire des étapes de la vaste voie. Celles-ci comprennent les trois dharmas des mahayanistes ordinaires, les dix terres des bodhisattvas supérieurs et les terres résultantes de la bouddhéité. Voilà comment Le guide du chemin du milieu sert de guide aux étapes de la vaste voie

Nagardjouna n’a pas explicitement enseigné les étapes de la vaste voie dans La sagesse fondamentale, mais cela ne signifie pas que ce n’est pas un texte mahayana. La sagesse fondamentale donne une présentation détaillée du non-soi des phénomènes en utilisant de nombreuses formes différentes de raisonnements, et de telles présentations ne sont destinées qu’à des disciples mahayanas. La sagesse fondamentale est par conséquent un texte mahayana. Toutefois, si nous ne nous en remettons qu’à La sagesse fondamentale, nous ne pourrions pratiquer que les étapes de la profonde voie, alors que si nous nous en remettons au Guide du chemin du milieu, nous pouvons pratiquer l’union de la vaste voie et de la profonde voie.

Si nous comprenons clairement comment Le guide sert de guide à La sagesse fondamentale, nous comprendrons la signification de son titre, Le guide du chemin du milieu.


L’HOMMAGE DES TRADUCTEURS

Hommage au Mandjoushri Juvénile

Les traducteurs tibétains du Guide du chemin du milieu, tels que Patsab Nyimadrak, ont inclus un hommage au Mandjoushri Juvénile au début du texte. Le principal objectif de l’hommage d’un traducteur est d’écarter les obstacles et d’assurer que la traduction arrive à son terme. Mais il a aussi une deuxième fonction, celle d’indiquer à quelle classe d’écriture appartient le texte. Traditionnellement, les écritures bouddhiques sont classées selon l’entraînement supérieur sur lequel elles mettent l’accent : l’entraînement à la discipline morale supérieure, l’entraînement à la concentration supérieure ou l’entraînement à la sagesse supérieure. Un texte qui met surtout l’accent sur l’entraînement à la discipline morale supérieure appartient au groupe du vinaya, ou discipline ; un texte qui met surtout l’accent sur la concentration supérieure appartient au groupe du soutra, ou discours ; et un texte qui met surtout l’accent sur la sagesse supérieure appartient au groupe de l’abhidharma, ou phénoménologie. Les textes qui appartiennent au groupe du vinaya seraient précédés d’un hommage à l’être omniscient, ceux qui appartiennent au groupe du soutra d’un hommage aux bouddhas et aux bodhisattvas, et ceux qui appartiennent au groupe de l’abhidharma d’un hommage au Mandjoushri Juvénile. Puisque ce texte est précédé d’un hommage au Mandjoushri Juvénile, nous savons qu’il est compris à l’intérieur du groupe de l’abhidharma, qui met surtout l’accent sur l’entraînement à la sagesse supérieure et dont le sujet principal est la profonde vacuité.